Chantier de fouille au Moustier du 19 juillet au 6 août 2021

Le 6 août 2021 s’est achevée la campagne archéologique sur le Plateau Saint-Pierre après trois intenses semaines de fouille. Si l’an dernier, les objectifs avaient dû être révisés compte tenu de la situation sanitaire, les opérations de cette campagne se sont de nouveau focalisées sur le secteur ouvert en 2019. 

Il s’agissait alors de terminer la fouille des sépultures à inhumation datant de la dernière phase d’occupation du site (Antiquité tardive) et de mieux caractériser les structures bâties antérieures, attribuées, pour l’heure, à la phase du Haut-Empire (Ier-IIe siècles).

Près d’une vingtaine de tombes ont été identifiées cette année dans les ruines des états antérieurs, mais une quinzaine a pu être fouillée. Ces tombes révèlent une occupation très dense, confirmée par la juxtaposition immédiate des fosses ou bien leur empilement (trois recoupements). Ces dernières demeurent toutefois fortement arasées par les labours et l’érosion, à l’exception du secteur ouest et nord de l’emprise de fouille, plus épargné car plus profondément enfoui. Les défunts, adultes et immatures, ont été inhumés dans des dispositifs très divers : soit sous des couvertures de tegulae(tuile romaine plate), soit dans des coffrages de blocs ou bien encore en linceul. Les découvertes réalisées confirment que les défunts étaient inhumés habillés : des chaussures aux semelles cloutées ont été dégagées sur les pieds d’un défunt (SP 10). Certaines sépultures ont livré des dépôts d’accompagnement : deux vases en céramique ou bien un gobelet en verre très fragmenté dans une autre tombe. Outre l’aspect informatif sur les pratiques funéraires, ces dépôts seront finement étudiés par les céramologues afin de mieux comprendre les diffusions et les productions locales des céramiques au cours du temps. 

Les fouilles se sont également concentrées sur les vestiges bâtis antérieurs à ces tombes. L’opération a également conduit à l’identification de, non pas d’un mais de deux « enclos » bâtis de plan quadrangulaire, seulement conservés en niveau de fondation. La présence de niveaux de sols lacunaires et l’absence de vestiges liés à un habitat (tegulae, céramiques, zone de foyer etc.) nous invitent pour l’heure et avec prudence, à privilégier l’hypothèse de construction à vocation funéraire (des tombes à inhumation sont présentes dans les niveaux supérieurs, mais témoigneraient d’une réoccupation tardive ?). La campagne n’a pas permis cette année d’enlever ces niveaux pour corroborer ces hypothèses de travail. Si le plan du bâtiment 1 n’a pu être complètement restitué, les murs sud et est n’étant pas conservés (érosion, arasement), le second bâtiment mis au jour lors de cette campagne a fait l’objet d’un dégagement complet. Ce bâtiment 2, dont l’angle avait été identifié en 2019, est de plan carré. Il se pourrait également que lui aussi ait pu prendre appui sur des structures plus anciennes (Protohistoriques ?). Mais sa fonction première n’a pu être pour l’heure encore précisée. 

Une campagne riche de découverte ayant été focalisée sur le funéraire cette année tant les sépultures ont été nombreuses, contre toute attente. Il faudra donc poursuivre la fouille des tombes l’an prochain pour véritablement accéder aux états antérieurs et comprendre les évolutions de ce site sur le long terme.

L’équipe de fouille de cette année a rassemblé :

Alexia Lattard, Archéothanatologue, Responsable de l’opération, Florence Mocci, Archéologue, Responsable adjointe,
Lionel Roux, Photographe, CNRS, Robin Veyron, Anthracologue, Étudiant en Master,
Matthieu Guillou, Historien, Étudiant en Master,
Pétronille Boisson, Archéologue, titulaire d’un master 2,
Clémence Koch, Étudiante en 3e année de Médecine,
Florie Varitille, Historienne, Doctorante,
Kevin Walsh, Géoarchéologue, Université de York.

En parallèle, une campagne d’analyse pédo-anthracologique s’est tenue cette année afin de réaliser des prélèvements dans l’environnement du site, des étages alpins au fond de vallée. L’objectif de cette campagne est de restituer l’évolution de la végétation du passé. Dirigée par Brigitte Talon (IMBE, CNRS), elle a bénéficié de l’implication : 

  • Emma Gamba, étudiante en thèse sous la direction de B. Talon et D. Isoardi sur le projet Galadius (Pour en savoir + : https://tv.imbe.fr/portfolio_page/journee-des-doctorants-imbe-2020-emma-gamba/)
  • Robin Veyron, ayant soutenu son master l’an passé sur le site de Saint-Pierre 2 via l’analyse de la structure ST 16 et d’un niveau d’incendie identifié dans la tranchée 2.
  • Yoann Pinguet, Chercheur CNRS, IMBE
  • Ludovic Lelandais, Doctorant, IMBE

Enfin, une campagne de prospection géophysqique se tiendra sur le plateau le 23 septembre. Initiée en 2019, cette campagne dirigée par Yoann Quesnel (CEREGE), intègre la formation de terrain dispensée aux nouvelles promotions de l’école des Mines de Paris. Il s’agira ainsi d’apprendre à 8 étudiants la prospection géophysique tout en permettant l’acquisition de nouvelles données sur les sous-sols du Plateau Saint-Pierre (étendue du site, perception des structures bâties). 

(Clichés : Lionel Roux, Aix Marseille Univ, CNRS, CCJ, Aix-en-Provence, France)

Cette campagne a été financée par le Service Régional de l’Archéologie (DRAC-PACA, MInistère de la Culture), le Centre Camille Jullian, l’Association Patrimoine et Culture de Thorame-Basse et la Mairie de Thorame-Basse.
Il a également bénéficié du concours du Service départemental de l’Archéologie des Alpes-de-Haute-Provence.

 

Évènements scientifiques à venir :

  • En outre, le site a fait l’objet cette année d’une première présentation au colloque annuel international de l’EAA : 

Lattard (A.), Isoardi (D.), Mocci (F.), Huguet(C.), Cenzon-Salvayre (C.), Talon (B.), Ollivier (V.), Martin (L.),Sirdeys (N.), Veyron (R.), 2021 – Living and dying in the mountain : interdisciplinary approach of human-environmental Interactions in the french alps (Saint-Pierre 2, Thorame-Basse), EAA 2021, Kiel, Session 528 : Shifting the focus: mountains as central places in (pre-)history

  • Une seconde est prévue pour le mois de novembre dans le cadre du Colloque international intitulé : Les Sociétés de l’Antiquité tardive face à la Mort, qui se tiendra à Aix en Provence

Lattard (A.) – The alpine societies facing the death during the Late Antiquity in the mountain: in the heart of the civitasof Eturamina, the site of Saint-Pierre 2 at Thorame-Basse (Alpes-de-Haute-Provence, 04)

Les sociétés alpines de l’Antiquité tardive face à la mort en montagne : au cœur de la civitas d’Eturamina, le site de Saint-Pierre 2 à Thorame-Basse (Alpes-de-Haute-Provence, 04)

Alexia Lattard
Archéothanatologue